Sensibiliser ou éduquer?



10 décembre 2019
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Une contravention bien méritée!

La municipalité régionale de comté (MRC) de Maskinongé est un magnifique terroir fertile, coloré, vallonné, riche en beautés et en saveurs. Un espace bucolique habité par des êtres sympathiques et accueillants où il fait bon vivre. Je m’y suis adaptée facilement et je m’y suis sentie bien accueillie. Cette MRC est composée de 17 municipalités, dont la plus imposante est Louiseville avec un peu plus de 7 000 âmes qui y vivent, et la plus petite, Saint-Sévère, avec ses 322 personnes... soit dit en passant, ils se connaissent tous! Entre ces oasis de paix et de charme, quand ils ne sont pas dérangés par des gens inconscients comme moi, existe un réseau routier adéquat, parfois cahoteux, mais c’est la campagne, il me semble que cela nous rend tolérant. Ainsi, ce territoire ayant une superficie de 2 380 km², est jalonné de rangs, de rues, de routes numérotées, etc. Sur ces dernières, on y retrouve bien entendu de gros camions qui, la plupart, transportent du sable, de la pierre ou des produits des fermes destinés à des marchés extérieurs. Sur les rangs inter-municipalités, des tracteurs de ferme, de grosses et petits machineries avec, bien entendu, un conducteur soucieux de soit l’espace qu’il prend, ou encore, de la lenteur à laquelle il circule. Tout ça pour dire que…

Dans mon cas, on devrait parler d’éducation! Je n’ai pas grandi à la campagne. J’ai été élevée sur l’asphalte!

Je vivais un stress personnel important au moment de l’incident. Bon, on en vit tous. Cela ne justifie pas mon geste.

J’ai « plaidé coupable » en payant ma contravention bien méritée! Si toutes les personnes qui empruntent le rang St-Barthélemy à Saint-Léon-le-Grand, le font à la vitesse que j’y suis passée ce 20 août 2019, les citoyens ont mille et une raisons de porter plainte. Et il semble que soit ce qu’ils ont fait, selon le corps policier. À cette heure-là, il n’y avait pas âme qui vive, sauf une camionnette sur laquelle j’ai quand même bien eu le temps de distinguer, dans mon rétroviseur, les lettres P O L I C E. Oups!

Bref, c’était la première fois que je circulais par ce rang. Ça fait cher du droit de passage! La seconde fois que je l’ai utilisé pour aller vers Louiseville, j’ai coupé la poire en deux. Il en sera ainsi à chaque utilisation, pour me réconcilier avec le fait d’avoir vu s’envoler une belle petite somme d’argent en si peu de temps! Mais, ce n’est pas ce qui est important.

Sauf que ce qui suit ne diminue en rien ma « culpabilité » face aux citoyens que j’aurais pu mettre en danger et, face au code de la route. Cela ne justifie pas, non plus, mon innocence dans le sens de naïveté face au danger réel. Or, c’est ce que j’étais, naïve!

Il est environ 19 h 40. Partir trop juste, à une ou deux minutes près, c’est partir trop juste et je devais accepter le fait de risquer d’être une retardataire, voire même, une personne négligente. Ainsi, j’avais rendez-vous à 20 h à Yamachiche pour un atelier de méditation. Ce village que j’adore! Le Café de village La Bezotte était l’hôte de cette activité et en y allant, cela permet de parcourir Yamachiche. Un petit bourg, le long de l’autoroute 40, qui vous fera effectuer un voyage dans le temps où douze magnifiques résidences en briques rouges ornées de blanc sont alignées, l’une étant celle du docteur à l’époque (Café La Bezotte), une autre, celle du notaire, ainsi de suite. Il s’agit de « L'Enfilade-de-Maisons-en-Brique-Rouge-de-Yamachiche ». Ça vaut vraiment le détour, un bijou à savourer, tout comme la bouffe du Café de village La Bezotte, recherchée et raffinée, concoctée avec des produits du terroir.

Ainsi, c’est la première fois que je m’inscris à ce genre d’atelier offert par Inspiration Hygge et je pressens que ce serait mal vu d’arriver en retard. Imaginez tout ce beau monde, assis en lotus, en train de faire « Omm... » dérangé par une écervelée qui arrive en retard, pour aucune raison valable à leurs yeux. Car être zen, être dans un état méditatif, n’est-ce pas être dans le moment présent… J’étais loin de là! J’étais sur un autre continent, ou une autre planète, c’est selon, le cœur blessé! Ai-je su prioriser les gestes à poser pour me préparer à cette séance de méditation? Sans doute pas. J’avais pris le temps d’écrire un courriel avant de partir, en lien avec la situation stressante de ma vie à ce moment-là. Le courriel pouvait-il attendre? Bien entendu. Il n’était pas question de vie ou de mort. Et si j’avais causé la mort? Je ne suis finalement pas allée à cette séance de méditation, par respect pour les participants ponctuels. J’ai donc payé pour rien. Mais, cela fait partie du package deal. Je n’y peux rien. Je le méritais.

Pourquoi la question sensibiliser ou éduquer?

Je suis nouvellement arrivée à la campagne, dans la merveilleuse MRC de Maskinongé que je découvre à chaque virage, car je suis d’un naturel contemplatif, tout se révèle d’une grande beauté pour moi. La couleur des champs, les fermes, les maisons abandonnées en bois habillées de la teinte qui prétend à la maturité. Je vivais en ville avant, à Laval. Il y a d’ailleurs, sur mon permis de conduire, une étiquette au verso, qui informe clairement le policier que j’ai récemment effectué un changement d’adresse.

Route de campagne

Or, dans les rangs avoisinants où j’habite (Sainte-Ursule), autant que ce soir-là dans ce rang St-Barthélemy, je ne vois jamais un chat dehors, comme le veut l’expression. Et, je n’ai encore jamais vu un enfant jouer à l’extérieur. Tout au plus, j’y ai vu une ou deux jardinières ou bien des gens en transit entre la maison et la voiture. Je le répète, cela ne justifie pas l’excès de vitesse. Cependant, face à ce semblant de désert rural, je ne suis pas consciente du danger. C’est lorsque j’ai raconté ma mésaventure à ma collègue de travail, qui vit dans un de ces rangs de notre belle MRC, que j’ai pris conscience de ce à quoi je m’exposais. Oui, je suis d’accord, tout excès de vitesse, sur quelque route que ce soit, est un danger public, pour les autres, et pour soi. Cependant, sur une route comme celle-ci, un danger additionnel était sous-jacent et je ne l’avais jamais vraiment réalisé. Qu’adviendrait-il s’il y avait eu, sur le chemin, une vache, voire un cheval, un chevreuil ou même des dindons sauvages, nombreux dans notre région, qui avaient franchi une clôture brisée, un enclos laissé ouvert par inadvertance, ou qui simplement se pavanaient...

Cheval

En plus de blesser ou tuer la bête, j’aurais pu me blesser ou me tuer. Sans compter les dommages sur la voiture. Et si par hasard il y avait eu un enfant? Je ne peux juste pas penser à cela.

Lorsque je suis allée payer ma contravention au bureau de la MRC, je me suis ensuite présentée à la porte d’à côté, soit au poste de la Sûreté du Québec. J’ai demandé à voir un officier. Je lui ai posé la question suivante : Comment se fait-il que le corps policier ne fasse pas d’éducation? Cela ne fait pas partie de leur description de tâches, me dit-il, un peu en zigzaguant.

Certes, ils sont les représentants de l’ordre, mais sur les routes, nos corps policiers n’ont-ils qu’une fonction répressive? Renflouer la caisse commune gouvernementale, payer les services publics et les salaires de nos protecteurs de la loi? Pourquoi? Cela me fait penser au médecin qui diagnostique une maladie à l’estomac ou au colon, parfois aussi grave que le cancer, mais qui ne donne pas de conseils sur l’alimentation. Bon, passons! Mais l’éducation, qu’en fait-on?

L’officier, afin d’illustrer des actions préventives prévues, m’explique que le lendemain, des agents allaient effectuer une campagne de sensibilisation à Louiseville. Les policiers, dans la zone scolaire vont arrêter les fautifs, et vont les sensibiliser sur le danger pour les enfants, des dépassements de la limite de vitesse dans ces endroits spécifiques. Ils n’émettront pas de contravention. Tout le monde sait que dans ces zones scolaires il faut tripler de prudence. Tout le monde ralentit. De 60, on passe à 40. Ce sont encore 10 km/h trop rapides pour une zone si sensible. Soit, la sensibilisation a toute sa place. Merci de cette très bonne pratique qui devrait porter fruit. Curieuse, j’ai rejoint un membre de ma famille, un policier à la retraite, qui m’expliqua que lorsqu’on annonce la présence d’un radar, le but en soi n’est pas de nous éviter de nous faire prendre, mais bien de nous éduquer à ralentir. Une fois que nous ralentissons, l’objectif est atteint et il y a de fortes chances que l’habitude de ralentir à cet endroit demeure ancrée en nous. Espérons-le!

À Sainte-Ursule, sur la route 348, vis-à-vis le village, les citoyens se sont mobilisés. Ils ont brandi, le long de la route, leur propre pancarte, faite à la main, qui rappelle aux automobilistes que « Ici, c’est 70 km ». Avant, comme tout le monde j’imagine, je passais là à 90 km/h. Maintenant je circule à 70 km/h dans cette zone. Qu’est-ce qui est le plus efficace? Mettre de l’avant ses propres rappels ou faire intervenir les représentants de l’ordre? Je crois fermement que ces citoyens ont pris en charge leur sécurité, ils n’ont pas attendu que les services publics interviennent. Soit, ils ont peut-être porté plainte, comme l’auraient fait les citoyens du rang St-Barthélemy, mais qu’est-ce qui aura vraiment été efficace? Une contravention émise ici et là ou un rappel visuel toutes les 4 ou 5 maisons sur une longueur d’environ 2 km? Je salue leur initiative. Je crois qu’ils ont « éduqué » les automobilistes. Et, celui qui est en visite, de Laval par exemple, qu’est-ce qu’il en a à faire de cette contravention, si non que de la payer. Cela aura-il éduqué la population locale? Non.

Pour conclure, et non pas me disculper, j’ai été arrêtée quatre fois dans ma vie. Une fois tous les dix ans. Sur ces quatre fois, j’ai eu deux avertissements qui auront été une sensibilisation efficace et j’ai eu deux contraventions. L’une, il y a quelques mois, celle dont il est question ici, et l’autre autour de 2012, lorsque je roulais 72 km/h dans une zone de 50 km, sur une rue où il n’y avait ni maison, ni commerce, ni entrée de quelque sorte que ce soit. J’ai payé sans rouspéter. Je circulais par cette route tous les jours, deux fois par jour, en dépassant la vitesse permise. Une fois les maths faites, cela m’est revenue à 15 cents par jour pour avoir excédé la limite de vitesse pendant trois ans. Un mois après avoir recueilli cette contravention, la limite permise est passée de 70 km à 50 km! Il y a de ces faits dans la vie où l’on doit lâcher prise.

Et pour cette contravention qui va avoir un effet financier sur mon permis de conduire, sur mes assurances et bien entendu, qui m’a valu quelques points de démérite, et bien, je l’assume. Non seulement je l’assume mais je dis merci. Merci à ma collègue de travail pour m’avoir reflété le danger réel d’un excès de vitesse dans un secteur rural. Merci aux différents policiers à qui j’ai parlé qui m’ont expliqué ce qu’ils étaient en mesure de faire, et cela va sans dire, toujours en fonction des contraintes administratives auxquelles sont confrontés les services publics. Surtout, merci à la vie pour que rien de dramatique et d’irréparable ne soit arrivé. Merci, merci.

Soyez prudents… on vous aime vivants!!

Joyeuses Fêtes - Andrée Lambert

PS : En ce temps de l’année, attention! Il pourrait y avoir aussi sur les routes, des rennes… Les rennes du Père Noël!

À propos de Andrée Lambert

Fière Ambassadrice Maski, je suis installée à Sainte-Ursule depuis un peu moins de deux ans! Je découvre une région que j'adore et qui m'inspire. Mes passions : le plein air, la photographie et l'écriture. Alors, entourée des beautés de la MRC de Maskinongé, en contemplative que je suis, je suis bien servie. J'ai œuvré en employabilité presque toute ma carrière et, pour continuer à être en contact avec les gens, je me suis jointe à l'équipe dynamique du Bureau d’information touristique de la MRC de Maskinongé.

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