Ma petite maison dans la prairie



20 mars 2017
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Elle est coquette et unique; elle est chaleureuse et charmeuse; elle est petite et ancienne. C’est ma petite maison dans la prairie. Construite en 1870, à la fin du 19e siècle donc, cette maison que nous avons acquise en 2008 nous cache encore quelques secrets. On ne connaît pas toute son histoire, mais on sait qu’elle a été déménagée au début du 20e siècle, roulée sur des billots de bois, pour aller s’asseoir sur une terre agricole dans le rang Beauséjour où elle y a maintenant pignon sur rang. Pour la petite histoire, elle a déjà appartenu à mon grand-oncle St-Yves, Roméo de son prénom. Il n’était pas marié à une Juliette, mais bien à une Gilberte… ce qui sonne romantique pareil, il va s’en dire! La maison a traversé les années et les modes sans conserver son apparence d’origine. La chaumière a subi diverses transformations au fil du temps, et les plus importantes ont été faites en 1940 alors que l’ancestrale a été rallongée un tout petit peu. On sait aussi qu’elle a déjà eu une cuisine d’été juxtaposée à son côté droit, mais elle en a été amputée quelques années plus tard. Bien entendu, elle a connu la mode de la tapisserie champêtre, du prélart incertain, du plaque-ô-plâtre qui dissimule tout et du clapboard de vinyle économique. On a découvert tout ça lorsqu’on a décidé de la déshabiller complètement. En faisant ces travaux, on a même trouvé, cachés dans les murs, des journaux datant de la deuxième guerre mondiale. Quel bon isolant en ces temps difficiles! Au grenier, un ouvrier de l’époque avait aussi oublié son paquet de cigarettes plein!

Vieux paquet de cigarettes et journal datant de la Seconde Guerre Mondiale

Aujourd’hui, la belle d’autrefois pièce sur pièce a retrouvé son apparence qui ressemble plus à celle de ses premières heures de gloire : la tapisserie est rendue lambris en V, le prélart est redevenu plancher d’épinette, le plaque-ô-plâtre s’est retiré pour laisser voir les poutres équarries à la hache, le clapboard de vinyle s’est fait déclasser par le déclin de cèdre. On est heureux d’avoir opté pour le style antique qui respecte l’âme de la maison. Pourtant, je sais que pour bien des propriétaires de vieilles bâtisses, la décision de restaurer en conservant l’esprit de départ n’est pas chose facile. On se demande, à chaque petite modification qu’on souhaite apporter, si on fait le bon choix à la fois pour la maison et pour le côté pratique de nos vies où tout va souvent très vite. Il est tout à fait raisonnable de se poser la question si notre style de vie va à l’encontre de notre genre d’habitation. Les ouvertures, par exemple, sont le sujet de longues réflexions. Si on retire les fenêtres de bois, on perd assurément un gros morceau du look extérieur. Mais laissez-moi vous dire qu’elles ne sont pas très isolantes, ces rustiques fenêtres! Ni super faciles à entretenir. Dans ce cas, il serait possible d’opter pour des fenêtres modernes, mais qui imitent le style de l’époque avec des ornementations extérieures en bois semblables à celles d’autrefois. Bref, chaque étape est sujette à discussions étant donné que plusieurs possibilités s’offrent aux propriétaires. Et je ne parle même pas du budget, puisqu’il faut respecter son portefeuille dans tout ça et qu’il n’y a pas de limites si on veut s’offrir des pièces uniques fabriquées par des artisans, notamment. La grille de plafond/plancher que nous avons fait confectionner par un forgeron en est un bel exemple.

Grille plafond/plancher

Tout est une question de conservation du patrimoine bâti versus la réalité du quotidien! La MRC de Maskinongé a d’ailleurs publié une brochure intitulée « Au-delà de la façade » qui répertorie les types d’habitations qui composent le patrimoine bâti du territoire. Très intéressante pour la description de l’architecture propre à chaque style, elle peut servir de guide aux nouveaux propriétaires de maisons anciennes ou aux gens qui veulent en savoir plus (consultez la brochure ICI). Si on revient à la nôtre, il s’agit d’une maison vernaculaire états-unienne. Très présente sur le territoire, elle a un toit recouvert de tôle pincée à deux versants droits à pente faible, des fenêtres à guillotine (à six grands carreaux avant 1940), une galerie couverte et des ouvertures symétriques. Notre maison conserve donc aujourd’hui ses principales caractéristiques, et nous en sommes très fiers. Nous ne sommes pas des puristes et nous savons que certains aspects ne concordent plus historiquement, puisque les modifications n’ont pas toujours été réalisées en songeant au patrimoine. Ce qui compte pour nous, c’est d’avoir respecté le plus possible, selon nos moyens et nos talents, l’âme de l’endroit où nous vivons. De petites touches de décoration à l’intérieur témoignent d’ailleurs de l’histoire de la maison. Une fenêtre d’origine à six carreaux récupérée pour bricoler un joli cadre et des portes qui datent de différentes époques racontent les moments marquants de notre chaumière.

Cadre fait d'une fenêtre à six carreaux

En finissant, chapeau à mon mari qui a piloté de mains de maître ces améliorations, car je ne suis pas très habile du marteau ni très utile avec… (zut, je ne connais pas vraiment d’autres outils!). Merci à tous ceux qui sont venu donner un coup de pouce. Je connais aussi des amis qui ont des passions-maisons magnifiques et qui œuvrent à les restaurer. Je leur dit : « lâchez pas »! Car, je vous le jure, il s’agit d’un projet de vie qui ne se termine jamais tout à fait…

Jennifer St-Yves-Lambert

À propos de Jennifer St-Yves-Lambert

Jennifer St-Yves-Lambert travaille à la MRC de Maskinongé en tant qu’agente de développement culturel et touristique. Elle participe à la réalisation d’initiatives culturelles dont la MRC de Maskinongé est collaboratrice ou promotrice, pour le développement du milieu. Détentrice d’un baccalauréat en études françaises et d’une maîtrise en lettres, elle est une amoureuse de la culture québécoise et de son territoire natal. Sa mission : contribuer au rayonnement des artistes et artisans de Maskinongé qui façonnent, par leur créativité inspirante, notre culture unique.

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2 réponses

  1. Bonjour Jennifer, C'est une belle surprise de te retrouver sur ce site. Toutes les vieilles maisons rénovées me fascinent. Chapeau! Pour votre travail et au plaisir de te lire. Je te garde dans mes beaux souvenirs.
    • Bonjour madame Fournier, Merci beaucoup pour le commentaire; ça me touche droit au cœur! D'ailleurs, je dis toujours que c'est vous qui m'avez transmis le goût de l'écriture et l'amour de la littérature. Vous m'aviez suggéré de lire "Le Survenant", un de mes romans préférés, et je me souviendrai toujours de votre interprétation de "Speak White" en classe! Merci pour ça! Au plaisir.

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