Crochets à tricoter en héritage



28 février 2018
Écrit par :

Je vous ai déjà parlé de ma grand-maman Lili qui maniait de façon exceptionnelle la cuillère de bois pour la préparation du meilleur sucre à la crème au monde! Cette même grand-maman avait d’autres talents, évidemment. Elle s’adonnait au tricot. Je me souviens que j’étais impressionnée, petite, lorsque j’entrais dans une pièce de sa maison remplie à ras bord de balles de laine de toutes sortes de couleurs : du rose bonbon, du mauve profond, du blanc pur, du bleu envoûtant ou du jaune soleil.

Elle m’envoyait parfois chercher une couleur en particulier pour qu’elle puisse terminer une paire de pantoufles qui serait portée par l’un de ses petits-enfants, fier d’étrenner l’ouvrage de la vaillante grand-mère. Alors, je restais longtemps dans la chambre pour glisser mes mains sur les fibres, tantôt rugueuses, tantôt piquantes, tantôt très douces. Ensuite, je m’asseyais près d’elle, collée contre son bras, et j’observais ses doigts habiles manœuvrer les crochets à tricoter de façon à ce que les brins s’entrecroisent et forment, de fil en aiguille, un bout de pantoufle.

Que reste-il de cette dextérité, aujourd’hui? Qui prend le temps de confectionner de ses mains couvertures, tuques et bas de laine? Pour ma part, je ne fais pas partie des quelques-uns à qui on a transmis le goût de s’asseoir de longues heures pour fabriquer ses propres vêtements. Mais elles existent, ces irréductibles artisanes (souvent des femmes) qui continuent à jouer du crochet, exécutant des performances dignes d’un chef d’orchestre avec sa baguette! Passionnées des métiers anciens, elles poursuivent la tradition et transmettent un savoir-faire ancestral qui se perdrait à coup sûr.

J’ai donc envie de rendre hommage à ces artisanes qui n’ont pas oublié les méthodes traditionnelles, et je vous dirais de les encourager en achetant leurs créations. D’ailleurs, la boutique du Bureau d’information touristique de la MRC de Maskinongé en offre une belle variété. Je pense en premier lieu à la Maison La Tradition de Saint-Mathieu-de-Parc et à son groupe d’artisans recycleurs et récupérateurs. Les valeurs environnementales rattachées à l’utilisation de matières recyclées dans leur travail sont incontestablement admirables. Il ne faut pas oublier les produits d’exception en fibres d’alpaga de la marque Maurice fabriqués par Magalie Beaulieu. Enfin, les membres du Cercle des fermières de Sainte-Angèle-de-Prémont ainsi que d’autres groupes de la région perpétuent de belle façon cet héritage en voie de disparition.

En voie de disparition, et pourtant, on assiste depuis le début des années 2000 à un timide retour du tricot. Quelques jeunes se procurent des patrons, magasinent la laine (de mérinos, de mohair, d’alpaga ou autres) et prennent plaisir à créer des vêtements ou des accessoires vraiment uniques. Probablement qu’on y trouve une façon de décrocher du quotidien, de ralentir le rythme et d’occuper ses temps libres avec zénitude. Êtes-vous de ceux et celles qui ont reçu des crochets à tricoter en héritage ou qui effectuent tout simplement un retour aux sources par le biais du tricot?

Jennifer St-Yves-Lambert

À propos de Jennifer St-Yves-Lambert

Jennifer St-Yves-Lambert travaille à la MRC de Maskinongé en tant qu’agente de développement culturel et touristique. Elle participe à la réalisation d’initiatives culturelles dont la MRC de Maskinongé est collaboratrice ou promotrice, pour le développement du milieu. Détentrice d’un baccalauréat en études françaises et d’une maîtrise en lettres, elle est une amoureuse de la culture québécoise et de son territoire natal. Sa mission : contribuer au rayonnement des artistes et artisans de Maskinongé qui façonnent, par leur créativité inspirante, notre culture unique.

Tous les articles

Pas de commentaire.

Ajouter un commentaire