Fière fille de producteur laitier



18 avril 2018
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Je viens d’une famille d’agriculteurs. De père en fils, la passion pour les animaux s’est transmise pour passer à l’autre génération. J’ai envie de vous parler de ma fierté d’appartenir à une telle histoire et, en même temps, de rendre hommage aux producteurs agricoles qui travaillent fort pour remplir nos bedons. Dans Maskinongé, la ruralité est bien présente dans nos vies et on connaît l’importance du labeur de nos producteurs, éleveurs et agriculteurs. J’ai d’ailleurs bien aimé la capsule vidéo de Fred Pellerin disant qu’on est tous ruraux, puisqu’on dépend tous de ce que nous offrent la campagne et ses produits, qu’on habite en ville ou dans un village.

Pour revenir à mon expérience comme fille d’agriculteur, faisons une incursion dans la vie de mon papa qui, à 70 ans, se lève encore aux aurores pour avaler rapidement son café avant de chausser ses bottes d’étable et de se rendre à la ferme. Sa mission : traire le lait de ses vaches Jersey pour le plaisir des amateurs de yogourt, de fromage et de crème glacée.

En fait, ce matin-là, la noirceur de la nuit est encore bien présente et mon père doit allumer les lumières du bâtiment pour saluer les animaux qui commencent à beugler doucement. C’est vrai que leur ventre crie déjà famine, et ce, même s’ils ont eu du foin en abondance tard la veille. Il empoigne la fourche et pousse le foin vers les gueules affamées et dégoulinantes de salive des grosses bêtes qui se mettent à ruminer lentement le fourrage. Mais elles ne sont pas tout à fait prêtes à traire, les belles petites Jersey. Au cours de la nuit, elles ont eu amplement le temps de digérer et il faut nettoyer les stalles. Une petite tape sur la croupe de l’une et de l’autre, puis les gigantesques animaux se relèvent de leur lit douillet. Mon père gratte les matelas pour enlever la litière souillée et se dépêche à la remplacer par de la nouvelle propre et sèche. Tâche ingrate et nauséabonde, il va sans dire, mais tellement appréciée par les vaches qui s’amusent maintenant à s’envoyer de la paille sur le dos en agitant leur queue poilue. Le lait peut à présent être récolté. D’une vache à l’autre, mon père pose le genou par terre, désinfecte le pis, installe la trayeuse et s’assure que la bête demeure calme en passant sa main doucement sur son ventre. Patience et douceur sont de mise pour ce processus que j’ai toujours considéré comme étant rempli de respect. Après la traite, les vaches réclament de la moulée, les autres animaux de la ferme ont également besoin de soins et certains équipements doivent être réparés. C’est loin d’être terminé.

L’été, les animaux se reposent au champ et ont le plaisir de paître de l’herbe fraîche. Pour les cyclistes qui roulent dans le rang de campagne, le décor est magnifique : les vaches suivant les passants de leur regard aux grands yeux comme maquillés, la clôture blanche nouvellement peinte, le gazon picoté de taches jaune pissenlit. Plusieurs s’arrêtent dans leur entraînement intense, simplement pour aller caresser le bout du museau de ces nouvelles copines. Mais se doutent-ils du travail accompli par le producteur, bien plus tôt le matin, pour le confort de ses filles, comme il se plaît à les appeler? Mon père, et c’est le cas de tous les producteurs laitiers que je connais, prend un soin quasi maladif de ses vaches parce qu’il est un passionné, tout simplement. Lorsqu’il les fait participer à des expositions agricoles, il les bichonne pour qu’elles soient à leur meilleur et qu’elles remportent la première place au concours de race. Mais ça, c’est une autre longue histoire… Pensez-y, quand vous croquerez dans un morceau de fromage cheddar : il y a de la passion et du travail là-dedans!

Jennifer St-Yves-Lambert

À propos de Jennifer St-Yves-Lambert

Jennifer St-Yves-Lambert travaille à la MRC de Maskinongé en tant qu’agente de développement culturel et touristique. Elle participe à la réalisation d’initiatives culturelles dont la MRC de Maskinongé est collaboratrice ou promotrice, pour le développement du milieu. Détentrice d’un baccalauréat en études françaises et d’une maîtrise en lettres, elle est une amoureuse de la culture québécoise et de son territoire natal. Sa mission : contribuer au rayonnement des artistes et artisans de Maskinongé qui façonnent, par leur créativité inspirante, notre culture unique.

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